Utopia : Un rêve devenu réalité

Utopia : Un rêve devenu réalité

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Les jeunes écoutent leur coach Abdel pendant une séance d’entraînement.

Depuis quelques semaines, une nouvelle équipe de soccer a fait son apparition à Saint-Michel. Utopia, un projet à caractère sportif et social regroupant 25 jeunes du quartier, est le fruit des efforts dévoués de Patrick St-Germain.

Sujets :

Fondation des gens d’Honneur , Forum Jeunesse de Saint-Michel , Ville de Montréal , Parc François-Perrault , Montréal-Nord , Montréal

Jeudi dernier comme à toutes les semaines, Patrick St-Germain est venu faire un tour au parc François-Perrault, près de la piscine. C’est là où, deux fois par semaine depuis juillet, les joueurs de l’équipe Utopia s’entraînent. Ce jour-là, le moral est bas. Et avec raison. Utopia a encaissé quelques jours auparavant un revers de 0-8 contre l’équipe de Montréal-Nord. « Il nous faut un gain pour le prochain » concède Patrick.

Mais Patrick St-Germain n’a pas de quoi rougir. La mise sur pied d’Utopia relève d’un beau coup de force. L’idée remonte à quelques années. Sa mère, Jocelyne Clersaint, dirige depuis 2004 la Fondation des gens d’Honneur, un organisme qui vient en aide aux enfants haïtiens. Un jour, ils décident de mettre la fondation à profit d’une cause locale et de monter un projet pour les jeunes Michelois. À l’époque, Patrick travaillait à la TOHU; il connaissait donc bien le quartier. « Pat est venu nous voir au Forum il y a un an, se rappelle Jean-Philippe Émond du Forum Jeunesse de Saint-Michel (FJSM). Le projet avait une autre forme, mais ça restait du soccer. J’ai donc mis Pat en contact avec la Ville de Montréal et avec Wildano Félix des Monarques ». À travers le programme de la ville « Vision vers l’avenir », coordonné par l’équipe de basketball micheloise, Patrick décroche ainsi une bourse qui lui permet de démarrer son projet. Utopia est lancé. Caractère social.

utopia-1Utopia est plus qu’une simple équipe de soccer. Un peu comme « Soccer à cœur », une initiative lancée par la police de Montréal en 2007, Patrick a voulu faire de son équipe un projet à caractère social. « L’idée était de mobiliser et d’occuper les jeunes de toutes les origines gratuitement après les cours » raconte Patrick St-Germain. Les jeunes, dont la plupart habitent près du parc François-Perrault, s’appellent Juan Carlos, John, Ricardo, Karim…Ils sont haïtiens, africains, arabes, latinos, portugais…Certains sont nés au Canada, d’autres sont fraîchement arrivés et parlent à peine le français. Mais tous ont en commun la passion du soccer. « Ce projet vise à faciliter l’intégration des jeunes immigrants pour qu’ils développent un sentiment d’appartenance à la culture québécoise » annonce derechef Patrick sur la page Facebook de l’équipe.

Utopia contient également un volet éducatif. Avant chaque entraînement ou presque, 45 minutes sont consacrées à des ateliers sur divers sujets : employabilité, gangs de rue, prévention des maladies transmises sexuellement, environnement…C’est Jean-Philippe Émond du FJSM qui s’est chargé d’aller chercher les organismes locaux. Plusieurs d’entre eux ont répondu à l’appel, dont Pacte de rue et le Carrefour jeunesse emploi. Même le conseiller de ville, Frantz Benjamin est venu parler aux garçons de l’implication citoyenne.

Malgré l’appui de la ville et de la communauté, Patrick St-Germain et son équipe doivent composer avec des conditions moins qu’optimales. Des deux terrains mis à disposition par la ville, celui au parc François-Perrault est le pire. Mal entretenu et mal éclairé, le terrain ne ressemblerait aucunement à un stade de foot si ce n’était des deux buts à chaque extrémité. « Sur les terrains aux dimensions normales, nos jeunes sont complètement perdus… » Déplore Patrick. Quant au terrain au parc Champdoré, plus grand, il est souvent réservé par l’Association Saint-Michel-Pompéi, un club affilié à l’Université Concordia. Par ailleurs, le financement que Patrick reçoit ne lui permet pas encore de séparer son groupe en tranches d’âge comme il le voudrait. L’équipe actuelle, composée de jeunes de 13 à 17 ans, est trop hétéroclite, selon Patrick : « Les jeunes sentent la pression des plus vieux, et les vieux subissent les maladresses des jeunes ». Surtout, la constitution de plusieurs équipes permettrait à Patrick de prendre en charge un plus grand nombre de jeunes. Patrick : « Ça en ferait moins qui traînent et fument du pot dans le parc. ». À l’entraînement jeudi passée, une dizaine de jeunes jonglaient avec un ballon de soccer, à quelques mètres du terrain. Mais à Utopia, « les inscriptions sont fermées », faute de moyens.

Malgré tout, Patrick est fier de ce qu’il a accompli. Samedi passé au parc Champdoré, Utopia a signé sa première victoire de 3 à 1 contre St-Laurent. Ce qui n’est pas une mince affaire compte tenu que plusieurs joueurs dans les trois autres équipes (Montréal-Nord, St-Laurent et St-Michel Est) évoluent également dans d’autres ligues. Et puis, les joueurs se sont présentés à toutes les pratiques, bon temps mauvais temps. « Je pensais que ça aurait été plus difficile de rassembler les jeunes deux fois par semaine, et de les faire écouter pendant les ateliers, mais pas du tout… » Raconte Patrick non sans satisfaction.

Jeudi à l’entraînement, une bagarre entre deux jeunes survient à quelques mètres du terrain. La police intervient quelques minutes plus tard. Patrick, témoin de l’incident, fait remarquer: « Moi je suis juste content que mes jeunes ne sont pas impliqués là-dedans. Ils sont sur le terrain, à jouer au soccer ». Dans ce sens, Patrick peut dire « mission accomplie ».